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Collapsologie : les serres peuvent-elles sauver l’humanité ?

Food self-sufficiency: greenhouse cultivation will save the world

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Introduction

Le terme collapsologie est un néologisme qui puise son origine du latin collapsus qui signifie s’effondrer, s’affaisser, s’écrouler. La collapsologie a été citée à plusieurs reprises par l’ingénieur agronome Pablo Servigne et Raphaël Stevens un expert sur l’étude de la résilience dans leur livre « Comment tout peut s’effondrer. Petit manuel de collapsologie à l’usage des générations présentes » publié en 2015 en France.

Ce courant de pensée part du principe que nos systèmes actuels approchent de leur limite notamment la production et la consommation de l’énergie avec la fin du pétrole. Notre modèle est obsolète, la voiture est en marche accélérée on ne peut pas freiner ni changer de direction (les verrous sont partout). On s’oriente vers un grand bouleversement, un effondrement de notre mode de vie actuel. D’aprés certains experts, cela se produira quelque part dans les années 2030:

Source: Graham Turner

La collapsologie résume la confluence de toutes les crises (climatiques, écologiques, économiques, sanitaires…) en référence notamment a des anciennes populations comme les mayas, aztèques, égyptiens ou encore les romains. Toutes les crises sont intra et inter connectées avec des réactions en chaîne qui seront ressenties dans le monde entier.

Toutefois, nous ne savons pas ce qu’il causera cet effondrement. Ce changement d’état sera une phase de transition et d’adaptation pour l’espèce humaine.

La collapsologie : une manière de repenser notre modèle agricole

L’agrilcuture actuelle intensive et chimique est souvent critiquée par les collapsologues comme l’une des sources principales de l’équisement des ressources sur terre, de l’appauvrissement des sols et de la pollution des écosystèmes. La monoculture et l’utilisation de produits phytosanitaires sont des responsables désignés.

L’auteur du roman et initiateur de la collapsologie Pablo Servigne prone l’anticipation et l’entraide des personnes pour mieux faire face à l’effondrement s’il se produit un jour. En effet, d’aprés plusieurs références scientifiques et études de cas récents comme les catastrophes naturelles ou terrorisme, il a été observé que l’humain s’entraide mutuellement lorsque de tels évènements se produisent.

Ce constat vient donc remettre en question notre modèle agricole en repensant l’aménagement des villes (grandes consommatrices de denrées alimentaires) et le modèle de production réduisant l’utilisation d’intrants (engrais, pesticides, consommables…) . Il existe déjà des solutions comme la production locale sur de petites surfaces en circuit cout. L’agro-écologie et la permaculture sont des approches applicables.

Étude de cas: la permaculture à Cuba

Après l’effondrement de l’URSS en 1990 et l’embargo américain, les cubains n’ont pas eu le choix que de s’adapter pour répondre à la demande alimentaire dans les villes. L’agriculture urbaine et l’entraide entre communautés de quartier étaient une nécessité à Cuba dans les années 1990.

La volonté du peuple et du gouvernement politique (dictature communiste) de l’époque allant dans le même sens, cela a permis un changement profond rapide du modèle agricole en quelques années seulement pour assurer l’autarcie alimentaire.

L’utilisation des principes la permaculture et de la main-d’oeuvre locale a permis aux cubains de réduire leur dépense à l’agro-chimie et faire preuve de de résilience.

Collapsology: comment l’agriculture sous serre peut aider à l’échelle de la communauté ?

Nous pouvons prendre pour exemple le concept de Jean-Martin Fortier une référence de la production maraîchère biologique dite « intensive » au Québec, Canada. En effet, est possible de nourrir environ 250 familles par saison avec un minimum d’intrant et de machines. Cela permet de rendre sa communauté autosuffisante sur le plan alimentaire avec des fruits et légumes locaux de saison.

En fait, l’optimisation de l’espace (culture plein-champs) est l’une des clés de son système tout comme l’utilisation de serres maraichéres. L’utilisation de serres vont permettre d’allonger la production sur des périodes plus longues voire cultiver sur 4 saisons dépendamment du type de chauffage. De plus, en protégeant les cultures des intempéries et ravageurs, il sera possible de cultiver des végétaux plus exigeants et sensibles au climat extérieur.

L’objectif principal va être de réduire l’instabilité en protégeant les cultures pour que la communauté soit moins vulnérable à l’approche d’évenements climatiques extrêmes qui devraient devenir plus fréquents dans le futur.

Le choix des cultures permettant de résister aux conditions extérieures de l’emplacement de votre projet facilitera la chose et limitera grandement les besoins en énergie.

En réalité, après l’effondrement, la production et la distribution de l’énergie ne sera plus la même. La promotion des low-techs et de l’énergie passive (effet de serre, ventilation, géothermie…) seront peut-être les seules options disponibles pour cultiver sous une serre.

Conclusion

La collapsologie est un courant de pensée qui fait de plus en plus d’adeptes notamment depuis les crises internationales récentes du Covid-19 ou encore le blocage d’un porte conteneur sur le canal de Suez paralysant le commerce international… mais qu’elle sera le grand déclencheur de l’effondrement dont parlent les collapsos ? Est-ce que cela arrivera un jour ?

Même si ces questions interrogent et provoquent une profonde réflexion philosophique, il y a déjà des personnes qui aujourd’hui ont complétement changer radicalement leur mode vie pour se préparer… Beaucoup choisissent un retour à la terre à la campagne.

Les serres seront un outil pour ces néo-agriculteurs afin de leur permettre de produire une partie de leur production sous environnement protégé et contrôlé. Toutefois, la question de la couverture plastique se posera (post-effondrement) avec des initiatives à trouver pour recycler les déchets environnants… de même pour le chauffage des serres en hiver.

Sources:

Gauthier Chapelle, Pablo Servigne, Raphaël Stevens, Une autre fin du monde est possible — Vivre l’effondrement (et pas seulement y survivre), Le Seuil, 2018

Graham Tuner (2014). Is Global Collapse Imminent? An Updated Comparison of The Limits to Growth with Historical https://www.researchgate.net/publication/267751719_Is_Global_Collapse_Imminent_An_Updated_Comparison_of_The_Limits_to_Growth_with_Historical_Data

Jean-Martin Fortier, un bienheureux jardinier-maraîcher (2021, RadioCanada) :
https://ici.radio-canada.ca/premiere/emissions/il-est-toujours-5h-quelque-part/segments/entrevue/340467/agriculture-serre-biologique-raisonnee-fortier-maraicher-jardinier?utm_source=Google&utm_campaign=AO-AUD-src-generic-dsa-radio-fr-qc&utm_medium=cpc&utm_term=

Joseph Anthony Tainter, The Collapse of complex societies, University Press, 1988.

Pablo Servigne et Raphaël Stevens, Comment tout peut s’effondrer — Petit manuel de collapsologie à l’usage des générations présentes, Le Seuil, 2015, p. 253.

Yves Cochet, Devant l’effondrement — Essai de collapsologie, Les Liens qui Libèrent, 2019, pp. 19–29

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Corenthin Chassouant

Ingénieur agronome (MSc) travaillant dans le secteur des serres et de l’industrie horticole. Mes expériences internationales et mes connaissances me permettent de travailler avec des agriculteurs et des professionnels dans le monde entier pour les conseiller.

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