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La morille est l’un des champignons les plus recherchés et les mieux valorisés au monde. Difficile à trouver en nature, encore plus difficile à cultiver, elle se négocie à plus de 100 euros le kilogramme sur les marchés européens et nord-américains principalement auprès des restaurants gastronomiques et des épiceries fines.
La culture artificielle de morilles sous serre reste confidentielle. Peu de producteurs maîtrisent la technique, et la demande mondiale dépasse largement l’offre disponible. C’est précisément ce qui en fait une opportunité de niche sérieuse pour les producteurs expérimentés qui cherchent à diversifier leur exploitation.
La clé du succès repose sur une gestion climatique précise à l’intérieur de la serre : ventilation, humidité relative et ombrage doivent être parfaitement calibrés pour déclencher et soutenir la fructification. Voici ce que vous devez savoir avant de vous lancer.

Très prisées, les morilles sont difficiles à cultiver. La partie supérieure du champignon que nous voyons et récoltons est le “fruit” du mycélium, le système racinaire invisible est en forme de toile d’araignée souterraine.
Les conditions climatiques sont la clé pour cultiver des morilles sous serre … La ventilation, l’humidité relative (HR%) et la capacité d’ombrage du revêtement doivent être optimales à l’intérieur de la serre pour faire pousser les morilles.

Les Chinois sont les précurseurs de la culture artificielle des morilles, qui recourt à une technique innovante développée par le Dr Douxi Zhu. Les produits peuvent atteindre, au mieux, 10 à 15 tonnes par hectare.
Cultiver des morilles sous tunnel : choisir la bonne structure et maîtriser le climat
La serre individuelle est aujourd’hui la structure la plus adaptée pour démarrer une production commerciale de morilles. Sa géométrie, ses dimensions et le choix de son revêtement ne sont pas anodins : ils conditionnent directement la réussite ou l’échec de la fructification.
Dimensions et géométrie : pourquoi ça compte
Un tunnel de 8 à 9,6 mètres de large, de 10 à 15 mètres de long et de 4 mètres de hauteur au faîtage est le format optimal pour débuter. Ces proportions ne sont pas arbitraires. La largeur détermine la surface de culture disponible, mais c’est surtout la hauteur qui joue un rôle climatique clé : un grand volume d’air agit comme un tampon thermique, amortissant les variations brusques de température et d’humidité qui pourraient perturber le cycle de fructification.
Un tunnel trop petit ou trop bas sera instable sur le plan climatique : les écarts hygrométriques d’une heure à l’autre peuvent dépasser 20 %, ce qui stresse le mycélium et compromet la sortie des champignons.
Le revêtement : lumière diffuse et protection solaire
Le film plastique est l’un des choix les plus déterminants de votre installation. Pour la morille, il faut absolument éviter la lumière directe intense, qui dessèche rapidement le substrat et stresse le mycélium. Un film haute diffusion non thermique en 5 couches est recommandé : il filtre le rayonnement solaire direct tout en maintenant une luminosité homogène et douce à l’intérieur du tunnel.
Un ombrage complémentaire est également nécessaire, réalisable avec un filet d’ombrage en polyéthylène haute densité anti-UV (HDPE) de couleur noire. Ce filet peut être installé à l’intérieur du tunnel, au-dessus de la zone de culture, pour créer les conditions semi-obscures que la morille préfère en phase de fructification.
Gestion de l’humidité : le paramètre le plus critique
La morille exige une humidité relative (HR %) maintenue entre 75% et 85% de façon constante. En dessous de 70%, la croissance s’arrête. Au-delà de 90 % de façon prolongée, les risques de contamination par d’autres champignons concurrents augmentent significativement.
La ventilation passive par les pignons du tunnel constitue le premier levier de régulation. Elle permet d’évacuer l’excès d’humidité sans provoquer de courants d’air brusques qui dessècheraient la surface du substrat. Selon votre région et votre saison, vous pourrez compléter avec :
- Une rampe d’aspersion sur toute la longueur du tunnel pour remonter l’humidité par temps sec
- Un système de brumisation haute pression pour projeter des gouttelettes très fines qui humidifient l’air sans saturer le sol en eau libre
- Un thermomètre-hygromètre numérique positionné à hauteur du substrat, indispensable pour un suivi en temps réel
Le déclenchement de la fructification : le choc thermique
C’est le moment le plus délicat et le plus fascinant de la culture de morilles sous serre. Après la phase végétative de développement du mycélium, la fructification est déclenchée artificiellement par un choc thermique : une baisse rapide et significative de la température nocturne, simulant les conditions naturelles du printemps. Dans la technique chinoise développée par le Dr Zhu, ce choc est associé à une gestion précise de l’humidité du substrat et de l’apport en nutriments organiques.
C’est précisément à cette étape que la qualité de votre serre fait la différence : une structure bien dimensionnée avec une ventilation maîtrisée vous permettra de reproduire ce choc de façon contrôlée, là où un tunnel mal conçu subira les caprices de la météo sans pouvoir intervenir.
Production de morilles chinoises
« À l’origine du projet, c’est la rencontre d’un français qui reconnait le talent du Prof. ZHOU, qui se fait accompagner par l’INRAE et qui passe un transfert de technologie comportant des publications de brevets, des savoir faire et des secrets, de la Chine vers la France et l’Europe. Médiatisés tous les deux en Chine, cela crée un effet boule de neige qui donne naissance à l’industrie de la morille en Chine et des progrès. »
Témoignage de M. Christophe Perchat, Directeur de France Morilles
Conclusion : une culture d’avenir pour les producteurs ambitieux
La culture de morilles sous serre reste l’une des productions les plus complexes et exigeantes de la serriculture. Elle ne pardonne pas les approximations climatiques, les substrats mal préparés ou les structures inadaptées. Mais c’est précisément cette difficulté qui protège ceux qui la maîtrisent.
À plus de 100 euros le kilogramme sur les marchés européens et nord-américains, la morille représente l’une des cultures à la plus haute valeur marchande accessibles aux producteurs en serre. Avec des rendements potentiels de 10 à 15 tonnes par hectare dans les systèmes optimisés d’inspiration chinoise, les chiffres d’affaires envisageables sont substantiels pour une surface de culture relativement modeste.
La serre individuelle, bien dimensionnée et équipée, est aujourd’hui le point d’entrée le plus accessible et le plus cohérent pour explorer cette production. Elle vous permet de contrôler les paramètres climatiques essentiels (humidité, ventilation, ombrage, choc thermique) sans les coûts d’investissement liés à une infrastructure haute technologie.
Pour les producteurs expérimentés qui cherchent à diversifier leur exploitation en y cultivant une culture à forte valeur ajoutée, la morille mérite une analyse approfondie. L’apprentissage est long, l’accompagnement technique est indispensable, et les premières saisons seront autant des saisons de formation que de production. Mais le marché existe, la demande est réelle, et les producteurs qui auront développé ce savoir-faire seront dans une position rare et difficile à concurrencer.
La culture de morilles en serre vous intéresse et vous cherchez des conseils sur le choix de la structure ou sur la gestion climatique ? Contactez-moi directement pour suivre les innovations en serriculture commerciale.
Sources et lectures complémentaires :
Recherche scientifique peer-reviewed :
- Xu Y. et al. (2022). Large-scale commercial cultivation of morels: current state and perspectives. Applied Microbiology and Biotechnology, 106(12), 4401-4412. Lire sur PubMed
- Liu W. et al. (2023). Large-Scale Field Cultivation of Morchella and Relevance of Basic Knowledge for Its Steady Production. PMC Open Access. Lire l’article
- Lee S.W., Swinton S.M., Bonito G. (2024). Breakeven yields for cultivated morel mushrooms in the US North Central region. Plants, People, Planet, Wiley. Lire l’étude
Industrie et témoignages :
- Perchat C., France Morilles. Témoignage sur le transfert de technologie Chine-France. Cité dans Horti-Gen Insights. Lire
- Pennsylvania State University (2017). China trip unveils morel cultivation mysteries. Lire — Source historique sur les origines de la technique chinoise.



Bonjour,
Actuellement producteur de champignon de Paris Bio, je me permets de vos solliciter pour avoir des renseignements sur la culture de morille sous serres.
Dans l’attente d’un retour de votre part.
Cordialement
Bruno Andorin
06 72 10 74 25
Bonjour Bruno,
Vous pouvez m’ajouter sur LinkedIn (compte Corenthin Chassouant), je pourrai ensuite répondre à vos questions.
Je vous conseille aussi de regarder cette page Youtube danoise (The Danish Morel Project) présentant la culture indoor et sous serre de morilles:
https://www.youtube.com/channel/UCJBRhX_lNhfqyZF6ugaNwmA?app=desktop
Merci,
Corenthin
je possède une serre de 9mts de large et14mts de long et de 2,50 de haut, je souhaiterais cultiver des champignons(des morilles) .pouvez vous me conseiller dans ce domaine.
pour votre information je suis à la retraite et je voudrais bien m’initier dans cette culture ,mais surtout discrètement. je reste à votre disposition .
Jean Louis Meyer.
Bonjour Jean-Louis,
Merci pour le message, votre serre est peut-être un peu basse ce qui peut poser des problèmes pour la gestion de l’humidité et de la température. Il va être important de se renseigner où trouver des spores de morilles cultivables en serre dans votre région (ou sur internet). Votre serre devra avoir les bonnes conditions en termes de gestion du climat et aussi de la lumière avec de préférence un filet noir à l’intérieur pour stopper une partie des rayons du soleil et recréer des conditions de sous-étage forestier.
Je peux vous conseiller plus précisément, me contacter par LinkedIn (https://www.linkedin.com/in/corenthin-f%C3%A9lix-chassouant/) ou via le formulaire de contact du blog.
Merci,
Corenthin